Le départ d’une petite fille pas comme les autres…

Je ne l’ai que très peu côtoyée.  Aperçu à quelques reprises, je me souviens pourtant d’une journée ou cette petite fille toute fragile, à la peau de neige, est entré dans mon bureau pour me faire la causette.  C’était il y a de cela quelque mois, alors qu’elle était encore en état de rire et de marcher.  Elle était venu au bureau avec sa maman et se promenait à travers l’étage.  

Elle ne me connaissait pas.  Elle s’est approché tout doucement au départ, le regard un peu inquiet.  Et puis après quelques phrases d’usage, elle m’a parlé de son amoureux, de qui disait-elle, elle s’ennuyait grandement car elle ne pouvait plus aller à l’école.  En fait ce qui m’a marqué, c’est la maturité de cette toute petite fille qui me décrivait ce qu’elle ressentait avec des mots de grande fille.  On aurait dit une adolescente dans la peau d’une enfant.  Comme si le fait d’avoir des jours décomptés faisait en sorte qu’elle avançait plus rapidement que la moyenne des enfants dans son tempérament.  Ce fut un moment que je n’ai pas oublié car il m’a touchée.

Cette petite fille est l’enfant d’une de mes collègues.  Elle a passé sa vie malade.  Problèmes cardiaques, musculaires, et tout ce qui vient avec.  Il y a un an, le verdict est tombé, les médecins ont informé sa mère qu’elle ne pourrait pas guérir, qu’il n’y avait pas de solution médicale et qu’elle finirait par mourir … on ne savait quand mais c’était imminent.

Les mois ont passé, une année a finalement été vécue avant que son état de devienne très aggravant et il y a quelques semaines, la descente vers la détérioration est arrivée.  Et l’attente encore plus pénible pour sa mère s’est installée puisque non seulement on attendait la mort de son enfant ce qui est déjà tellement injuste en soi, mais il fallait en plus que jour après jour, elle voit sa petite fille dépérir devant ses yeux.  Il n’y a aucun parent qui mérite une telle condamnation.

C’est la deuxième maman que je côtoie avec un enfant en phase terminale depuis un an.  Je viens de ressentir de près la mort de deux jeunes enfants.  Un petit garçon de cinq ans et aujourd’hui cette petite fille de huit ans.  Il en meurt chaque jour me direz-vous, c’est vrai, mais quand on côtoie de plus près ces enfants et leurs parents, je dois avouer que l’on se sent plus sensibilisés, plus proches aussi du mal que ça peut faire.  Car peu importe que l’on soit un parent, un ami ou un collègue, savoir un enfant en phase terminale, c’est comme se retrouver devant l’Everest sans bras et sans jambes, ça fait vivre une forme d’impuissance et de colère qui ne s’expliquent pas mais qui nous laissent amers.

J’ai beaucoup discuté avec ces deux mamans au cours de la maladie de leurs enfants car je les fréquentent régulièrement.  J’avais besoin de comprendre.  Je ne sais pas pour elles, mais moi, ça m’a aidée.  Et c’est fou ce que ces deux mères avaient des similitudes.  Toutes deux, elles ont été d’une force incroyable tout au long de la maladie de leur enfant, cherchant en tout temps à leur donner tout ce qu’elles pouvaient.  Un peu comme si considérant le temps compté, il fallait vivre doublement, triplement, quadruplement…. les tranches de cette vie si courte.

Ces mères ont eu en commun une résilience à toute épreuve.  Elles ont fait don de soi en entourant d’amour, de soin, et d’attention leurs petits enfants fragiles, attaqués par la maladie. Mais le plus grand de tous les constats est que jamais elles ne se plaignaient pour rien.   Elles faisaient preuve d’une résilience qui moi m’a fascinée, bouleversée aussi.

Un enfant ne devrait pas avoir le droit de mourir.  C’est contre nature.  A quoi sert de venir se frotter les orteils dans l’herbe de la terre si c’est pour la quitter aussi tôt ?  Il n’y a pas de logique dans une si courte vie, pas de sens, c’est une réalité implacable avec laquelle on doit composer sans possibilité de reprendre l’examen de passage.

Ce soir, je vis de la colère, un sentiment d’injustice.  Mais il y a une chose que je retiens.  Il y a en ce moment, et il y aura demain, des chercheurs, des médecins, des pédiatres, toute une armée de gens sensibles et intelligents qui travaillent à la recherche pour les maladies infantiles.  Espérons qu’un jour, on pourra être équipé en notion et en outil pour que plus jamais on ne puisse voir de petits êtres aussi purs disparaître à tout jamais dans les bras de parents dont la vie en sera bouleversée à jamais.

Amen.

2 Comments Add yours

  1. nuage1962 dit :

    C’est toujours quelque chose de difficile de voir un enfant partir après une longue et difficile maladie .. Ce sont des héros et leur parents qui donnent tout ce qu’ils peuvent avant le jour du départ sont aussi des héros …

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    1. natars1966 dit :

      Absolument. Moi c’est comme ça que j’ai vu ces deux petits êtres. Je disais souvent « si elle avait été en santé cette petite fille, elle aurait eu une santé de fer » … et je pense que ça en aurait été ainsi. L’adversité rend fort dit-on.. avec ces jeunes âmes, nous en avons la preuve.

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