Qu’emporte-t-on quand on part pour la vie ?

toutcapourquoi

 

“Parfois, le soir, dans les embouteillages, Shep Knacker laisse son esprit divaguer : fuir les humiliations au travail, échapper aux jérémiades de son artiste de sœur, aux caprices des enfants, aux discours stériles de son meilleur ami …”

__ Lionel Shriver

Quel livre …. j’en suis encore retournée et je l’ai terminé hier soir quand même.  Touchant.  Voilà qui résume bien comment je me sens à la fin de ce roman.  On ressent dans son âme cette détresse que ces personnages, tout à la fois communs et extraordinaires, ont d’imprégnée au fond d’eux-mêmes.

Avec le meilleur ami de Shep, on découvre combien parfois on peut se sentir minable tout en essayant de paraître grand.  Jackson n’a jamais voulu ressembler à tout le monde.  Il en paiera fort le prix en chamboulant complètement sa vie.  Il trouve que les jeunes veulent trop se fondre dans la masse.  Pourtant, à en croire sa femme, Carole, Jackson est devenu avec les années tout sauf intéressant, “trop adulte, il ne sait plus ce qu’est la joie de vivre” dira-t-elle.

Shep, notre personnage principal, apprend vite quant à lui que dans une famille, chacun a son rôle à jouer et dans son cas, il semble que ce soit celui de pourvoyeur, celui qui se sacrifie pour que sa famille ne manque de rien, au détriment d’avoir peu de plaisir dans la vie. 

Oui, bien sûr, il a ses fontaines dans lesquelles il se réfugie d’ailleurs de moins en moins au fur et à mesure qu’avance notre lecture.  Car Shep, c’est le gars sur qui tout peut couler comme l’eau sur le dos d’un canard.  Il endure tout, il est sage, patient, presque inhumain finalement … quelle ironie.

Dans ce bout de vie que nous dresse l’auteure, les enfants sont malades, cassés, désabusés presque.  L’avenir ne fait pas partie de leurs projets, la vie ne tient souvent qu’à un fil dans certains cas.  Les parents sont fatigués, les espoirs brisés, on attend la fin.  Ce n’est pas dans le naturel des choses que de voir partir ses enfants avant soi… L’acceptation plutôt que le déni, Carole l’a bien assimilée mais qu’en est-il de Jackson ?

Au départ, Shep et sa conjointe sont de plus en plus dans leur bulle au point où ce dernier envisage de tout quitter, de partir, avec ou sans elle, vers un petit coin d’Afrique qu’il a bien examiné afin de s’assurer que l’enfer il laissera derrière et ne trouvera point devant. Personne ne le croit capable de partir et de tout abandonner… Ses collègues, son tyrannique patron,tous rient de lui dans son dos.  Finalement, au moment où il annonce à sa femme qu’il va tout larguer, il doit encore une fois se résigner, le bon Shep va entrer dans le moule et s’y conformer.

J’ai été choquée par moment des attentions qu’il a prodiguées à Glyris, sa femme, qui est atteinte d’un cancer.  On devient à la longue exaspéré de constater que Shep ne vit que pour elle, pense pour elle et agit en fonction d’elle alors que cette dernière prend tout pour acquis.  Un beau cas ici de dépendance affective.  Et dire qu’il envisageait au début du roman partir sans elle… Difficile à imaginer.   Pourtant, il finira par évoluer grâce à elle, par la force de sa maladie.

Millionnaire pendant quelque temps, pour elle, il dilapidera sa fortune, 700 000 $ en frais médicaux, chimiothérapie, médicaments miracles, chirurgie, tout va y passer.  Sans compter qu’il doit faire vivre sa soeur et prendre soin de son père malade qui a besoin lui aussi que l’on paie ses factures médicales…  Décidément, Shep ne s’en sort jamais.

Glyris lui dira un jour : pour se rappeler ce qu’est la joie, il faut encore être capable de l’éprouver… Glyris est une femme réaliste, mais également acariâtre.  Elle est tellement grincheuse que l’on a de la difficulté à la supporter.  Malade, proche de la mort, elle enrobe de sa méchanceté tous ceux et celles qui veulent bien l’approcher.  Elle n’aime pas qu’on joue la comédie et s’apitoie sur son sort.  Et il faut le dire, ils sont de moins en moins présents et nombreux ceux qui pourraient être tentés de le faire.

Un drame dans la vie de Jackson nous fait sourire puis réfléchir par la suite.  Il veut mettre du piquant dans sa vie de couple et pour cela il est prêt à payer le gros prix.  Il aime sa femme et tient à ce que tous les deux ils planent longtemps ensemble.  J’ai souri pour ensuite vivre de l’amertume … Jackson est un personnage auquel on s’attache malgré ses imprudences et la fin de ce livre nous confrontera à ses angoisses, à son mal de vivre.

Le livre se termine sur une grande note d’amour, mais aussi nous fait longuement réfléchir sur la maladie, ses aspects les plus sombres, ses conséquences sur l’entourage.  Bref, on en sort un peu épuisé, déboussolé, à moins d’avoir côtoyer de près la mort, ou d’avoir été aidant naturel, on ne pouvait avant d’avoir entamer cette lecture, s’imaginer à quel point on doit s’abandonner à l’autre dans un tel sort.

Touchant.  Voilà.  Je le pense encore.  Et c’est sur cette note que je m’envole vers une autre lecture…

Ana

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